Article dans La République de Seine & Marne n°6796, lundi 1er juin 1998

Dans la famille de Roger Daguet, la musique n’était pas en odeur de sainteté. «La belle musique, c’est quand le moteur tourne rond,» lui disait son père en tenant la roue de sa péniche. Fils de marinier, ancien élève du pensionnat de S aint-Mammès, réservé aux enfants de la batellerie, Roger Daguet s’est un peu éloigné du fleuve, prenant de la hauteur en s’installant sur les coteaux de Vernou. Mais s’il a laissé derrière lui le monde des écluses, il n’a pas oublié sa passion pour la musique, celle de son enfance, le rock and roll et ses guitares électriques.

Au milieu des années 70, juste avant l’ère des «punks», l’adolescent Roger Daguet aimerait bien avoir une guitare, électrique bien sûr. Mais faute d’argent, point de notes. « Tu veux une guitare, fabrique la « fut la seule réponse de son père.

Cette réponse n’allait pas améliorer les relations père/f’ils, mais elle allait donner naissance à la vocation de «luthier électrique» de Roger daguet. Copiant au plus près, avec des solutions de bricoleur de génie, la guitare qu’il admire le plus, une Gibson, l’apprenti luthier va s’offrir son premier instrument, comme d’autre aurait construit leur première cabane. «J’ai appris une dizaine d’accord, j’ai monté un groupe de rock et c’était parti.» Pas plus compliqué que ça, il suffit de vouloir… Mais très fort. La réussite de ce coup d’essai est sans doute venue de la volonté de montrer à son père ce dont il était capable mais également d’une tradition familiale de travail manuel de qualité, l’un de ses grands-pères étant compagnon du tour de France. «Je ne me souviens même pas dans quel bois était construite cette première guitare. Depuis j’ai appris à connaître les essences, mais j’en essaye encore de nouvelles. » A entendre notre luthier amateur, une guitare électrique ça se construit comme ça, sans efforts. En fait, il en est tout autrement. Si la caisse ne pose pas de très gros problèmes, comparée à celle d’une guitare acoustique, les parties techniques et la réalisation du manche sont une tout autre affaire. «Pour le manche de ma première guitare, j’ai copié ce que je voyais, mais depuis je me suis fixé un protocole technique, chaque étape est conduite suivant une technique très précise, basée uniquement sur des impératifs mécaniques.» A chaque question, Roger Daguet oppose une réponse basée exclusivement sur la technique, associée à la débrouillardise, et l’envie de la découverte. «Simplement c’est une passion de réaliser des guitares et ça satisfait mon ego.» Pas la peine de chercher plus loin.

Au cours de sa carrière de luthier, Roger Daguet a construit environ une centaines de guitares. «Chacune d’elles représente entre 100 et 200 heures de travail». Pas question donc d’en faire un métier ou quelque chose de rentable. «J’ en.fais de temps en temps pour un ami, ou pour un passionné, mais c’est un travail que je fais avant. tout pour moi.» Quelques ciseaux à bois, un peu de colle, un fer à souder et un pistolet pour les vernis suffisent à notre passionné. Disposant de peu de matériel mais de beaucoup d’idées, Roger Daguet évoque déjà la réalisation d’amplis à lampes, complément indispensable d’une bonne Daguet, Gibson ou Fender… d’origine ou copiée.

Daniel RAYMOND

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